Conte de Noël – Il y a si longtemps

Creche 2 Suzanne

« Il y a si longtemps… » — Conte de Noël

La nuit était douce sur Bethléem.
Dans l’étable, la lumière de la lampe tremblait doucement sur le visage de l’Enfant.
Marie veillait, silencieuse, émerveillée. Joseph, un peu en retrait, priait dans l’ombre.

Soudain, on entendit un pas traînant, presque un froissement.
Marie leva la tête.
À l’entrée de la crèche se tenait une vieille femme, toute courbée, enveloppée d’un manteau usé.
Son visage était ridée comme une terre trop longtemps desséchée, et ses yeux brillaient d’une étrange lueur, à la fois craintive et déterminée.

Marie eut un mouvement de recul.
Qui êtes-vous ? demanda-t-elle doucement, mais non sans inquiétude.

La vieille femme avança d’un pas.
Dans ses mains tremblantes, elle tenait une pomme flétrie, brunie, presque desséchée.

Elle murmura d’une voix rauque :
Il y a si longtemps… si longtemps que j’ai mangé le fruit défendu.

Marie sentit son cœur se serrer.

La femme poursuivit :
Depuis ce jour, je marche, courbée sous le poids de ma faute. J’ai vu les siècles passer, les hommes lutter, tomber, se relever. Et ce soir… on m’a dit que le Sauveur était né. Alors je suis venue. Je n’ai rien d’autre à offrir que cette pomme… la trace de ma désobéissance. Je viens la remettre entre les mains de Celui qui peut tout réparer.

Elle s’approcha de la mangeoire.
Joseph voulut intervenir, mais Marie posa une main sur son bras.
L’Enfant, éveillé, regardait la vieille femme avec une douceur infinie.

Alors, lentement, la femme déposa la pomme au pied de la crèche.
Elle murmura :
Pardonne-moi…

L’Enfant Jésus tendit sa petite main.
Ses doigts touchèrent la pomme.

Et soudain, sous les yeux émerveillés de Marie, la pomme se redressa, reprit couleur, devint rouge, brillante, fraîche comme au matin de la création.

Un souffle de lumière enveloppa la vieille femme.
Ses épaules se redressèrent.
Ses rides s’effacèrent.
Son regard devint clair comme une source.

Marie comprit.
Elle murmura :
Ève…

La femme sourit, un sourire jeune, lumineux, presque enfantin.
Oui. Je viens remercier Celui qui me rend la vie.

 

Elle se tourna vers l’Enfant, s’inclina profondément, puis disparut dans la nuit, légère comme une brise.

Marie prit la pomme dans ses mains.
Elle la contempla longuement.
Elle comprit alors que, dans cette crèche, la chute et le salut venaient de se rencontrer.
Et que l’histoire du monde venait de changer.

 

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