Un monde nouveau

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En date du 10 octobre 2024, le Comité ad hoc sur le patrimoine bâti déposait son rapport final. Ce rapport fut présenté le 30 novembre 2024 à une importante rencontre dite « pastorale/administration » où étaient présentes toutes les paroisses du diocèse de Joliette.

Dès la première page, dans de grands carrés verts et en grosses lettres, le rapport exprime ce qu’il appelle « un constat » : « Un monde s’en va, saurons-nous l’accompagner ? Un monde s’en vient, saurons-nous l’accueillir ? ».  Je me suis longtemps demandé quels étaient ces « mondes » dont parlait le rapport. En effet, le texte ne le précise pas. Je crois en avoir découvert certains éléments. Je vous en partage trois ici.

1er Élément : Passer du paradigme pastoral au paradigme missionnaire

Depuis le concile Vatican II (au début des années ’60) et dans l’élan de celui-ci, nos paroisses se sont refaçonnées autour du concept, novateur à l’époque, de « PASTORALE ». Tout devait être vue à travers ce mot qui devenait un paradigme (un cadre de référence). Ce sera la pastorale du baptême, la pastorale du mariage et la pastorale des funérailles. Cela évoque l’ensemble des démarches qui entourent de soin pastoral la célébration du sacrement ou du rite. Ce sera la pastorale jeunesse, la pastorale sociale, la pastorale hospitalière ou carcérale. Cela évoquera l’ensemble des démarches où l’Église intervient dans ces divers milieux avec un souci « pastoral », donc avec le souci de prendre soin, d’accompagner, parfois de soigner. Puis, viendra la pastorale d’ensemble et, avec elle, l’équipe pastorale. Cette dernière rassemble l’ensemble des intervenants pastoraux, prêtres ou laïcs. Elle les unit dans ce qu’ils ont en commun, ce qui serait ici nommé « la pastorale » et le partage des « dossiers pastoraux ». S’y ajoutera, parfois, le conseil de pastorale paroissiale.

Mais voilà que, dans le « monde qui s’en vient » et que nous devons « accueillir », un nouveau paradigme tente de faire son chemin. Il s’agit du paradigme « MISSIONNAIRE ». Depuis de nombreuses années déjà, l’Église nous invite à prendre le « tournant missionnaire » (AECQ, 2016). Le dernier synode (qui se terminait en 2024) a fait de la MISSION le centre de tout ce qui concerne la vie des communautés chrétiennes. Mais, malgré tout ce qui a été écrit, nos communautés ont du mal à laisser de côté « les bonnes vieilles chaussures de la pastorale » pour enfiler « les sandales de la mission ». Pourtant, le « monde nouveau » auquel fait allusion le texte du Comité ad hoc ne pourra pas y échapper. Le pape François l’avait déjà exprimé clairement en 2013, dans « La joie de l’Évangile » : « J’espère que toutes les communautés feront en sorte de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour avancer sur le chemin d’une conversion pastorale et missionnaire, qui ne peut laisser les choses comme elles sont » (EG #25).  Quelques lignes plus haut, en rappelant tout ce que ces prédécesseurs ont affirmé, il avait précisé : « l’action missionnaire est le paradigme de toute tâche de l’Église » (EG #15).

2e élément : Passer d’une approche centrée sur le prêtre à une approche centrée sur les baptisés.

Depuis de nombreuses années, les réaménagements pastoraux que nous vivons dans nos paroisses sont liés à une affirmation évidente : « le manque de prêtres ». À cela, il faut joindre et mettre dans le même bain la diminution des agentes et agents de pastorale. Plusieurs décisions administratives et pastorales ont été prises à partir de ce constat.

Ainsi, après avoir connu les années fastes où il y avait un curé et un ou quelques vicaires dans chaque paroisse, on a vu commencer à apparaître le fait de confier à un curé plusieurs paroisses. Je ne sais pas qui est le premier prêtre à avoir reçu une telle nomination dans le diocèse de Joliette. Ainsi, se sont formées, puis cristallisées, des « unités pastorales » regroupant plusieurs paroisses et confiées à une « équipe pastorale mixte aux termes du canon 517 §2 ». Puis, au début de 2014, ces unités ont finalement été fusionnées d’un point de vue administratif pour devenir « le nouveau réseau de paroisses ». Nous pourrions appeler ces dernières des « néo-paroisses », regroupant les territoires, les bâtiments et les avoirs de chacune des anciennes paroisses de leur territoire, regroupant aussi, bien sûr, les « paroissiens », tout en cherchant à créer des « équipes de proximité » dans chacune des paroisses dissoutes considérée dorénavant comme « communauté ».

Rapidement après la création du « Nouveau réseau de paroisses » en 2014, il a fallu commencer à envisager la possibilité de confier deux « néo-paroisses » à un même prêtre ou une même équipe pastorale, toujours sous le prétexte du « manque de prêtres ». Puis, au fil des ans et de la poursuite de la diminution du nombre de prêtres et d’agents pastoraux, nous en sommes venus à entrevoir la possibilité de regrouper les « néo-paroisses » sur la base plus élargie des « Régions pastorales ». C’est ce qui a amené le Comité ad hoc à exprimer comme toute première recommandation ceci : « Le regroupement des paroisses d’une région en une seule paroisse régionale » (p. 47).  Quelques pages auparavant, il est précisé qu’il faut « impérativement, mette en place dans chacun des six (6) pôles pastoraux missionnaires, une équipe pastorale vraiment visionnaire, dynamique, engagée et compétente, ayant à sa tête un leader assumé » (p. 39).

Mais voilà que le « Monde nouveau » dans lequel nous entrons nous oblige à penser les choses à partir d’un nouveau point de départ : les baptisés. Il faut cesser de mettre au centre de notre réflexion le « manque de prêtres ». Le « manque » fait en effet référence au monde ancien. Il manque de prêtres pour assurer les services pastoraux dans chaque paroisse comme on le faisait autrefois. Mais si nous partons d’un autre point de vue, celui des baptisés, les choses se présentent différemment.

Il y a des baptisés. Ces baptisés vivent leur vie chrétienne, là où ils sont. Lorsque ces baptisés se réunissent au nom de Jésus, Jésus « est présent au milieu d’eux » (Mt 18, 20). Et donc, ils sont l’Église de Jésus Christ, « signe et moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité du genre humain » (LG #1). Il ne leur manque rien, si l’on peut dire. Ils sont là. Ils vivent. Ils prient. Ils aiment leur prochain. Ils se rassemblent au nom de Jésus, comme ils peuvent.

Certes, ces baptisés, pour être pleinement l’Église de Jésus Christ, et l’Église catholique, doivent être en lien avec un prêtre et la hiérarchie de l’Église et pouvoir célébrer l’eucharistie. Cela doit-il se faire de la même façon que dans le « monde qui s’en va » ? Pas nécessairement. C’est à découvrir. Mais en tout cas, nous ne pourrons découvrir ce nouveau mode de « communion ecclésiale » qu’en partant de là. Sinon, nous sommes toujours en train de courir pour sauver un modèle et non pas pour proclamer le salut en Jésus Christ. Loin d’accueillir le « monde qui s’en vient », nous nous attachons au « monde qui s’en va ».  Et cela nous amène au 3e élément de notre réflexion

3e élément : Passer d’une approche centrée sur le territoire et le bâtiment à une approche centrée sur les petits groupes de maison.

Dans les réflexions qui entourent les « réaménagements pastoraux » depuis plusieurs années, il y a toujours, dès le départ, la question des bâtiments et des finances. C’est d’ailleurs symptomatique que ce soit un Comité ad hoc sur le patrimoine bâti qui fasse les recommandations pastorales et missionnaires pour l’ensemble du diocèse. Les églises sont vides. Nous n’avons plus le moyen de les conserver. Et, l’illusion la plus courante que j’ai largement commenté à la suite du document du bureau de direction des économes diocésains sur « l’avenir de l’Église au Québec » (2021) : « Se départir des églises excédentaires […] permettra de libérer d’importantes ressources financières qui pourront être investies dans la mission d‘évangélisation ». Ainsi, ce sont le manque d’argent et les bâtiments trop grands et trop onéreux qui deviennent la raison des réaménagements pastoraux et qui guident les décisions d’ordre pastoral et missionnaire. Et le fait de s’en départir va soudainement nous lancer dans la mission d’évangélisation.

Dans le « Monde nouveau » dont il est ici question, l’approche sera différente. Comme nous allons partir des baptisés, nous allons aussi partir de leur existence réelle et quotidienne. Les baptisés se réunissent d’abord en petits groupes dans leur maison. Cela représente plusieurs grands avantages :

  1. Cela ne coûte rien.
  2. Cela rend possible une véritable « proximité ».
  3. Cela permet de valoriser le « leadership baptismal » en nommant des baptisés responsables des petits groupes.
  4. Ce leadership baptismal devient le maillon d’une chaine qui permet de rejoindre la « communion ecclésiale » dont nous avons parlé dans le point précédent.

Ainsi, regarder les choses à partir de la base nous évite de prendre des décisions à partir de considérations administratives et financières. Qui plus est, l’expérience montre que les baptisés qui font parti d’un petit groupe de maison vont plus facilement accepter de se déplacer pour aller participer à la célébration eucharistique là où elle est. L’esprit de clocher cède ici la place à une vie fraternelle ouverte sur le monde. Nous sommes des amis. Nous avons des amis. Nous allons ensemble à la messe, à la rencontre de nos autres « amis de Jésus ».

Et, à moyen terme, les futures « néo-paroisses » font se former, non pas par regroupements administratifs de décroissance et d’ajout de territoires, mais, comme toujours dans l’Histoire de l’Église, par la reconnaissance de la croissance des liens qui façonnent une communauté chrétienne. L’évêque, fidèle à sa mission, pourra confirmer ce qui se vit, au lieu d’imposer de vivre ce qui a été décidé dans les bureaux d’une équipe de direction.

En synthèse

Si l’on résume tout cela simplement. Un des moyens concrets, simples et efficaces pour œuvrer à la transformation missionnaire et au renouvellement des communautés chrétiennes paroissiales consiste à :

  • Former des petits groupes de baptisés disciples-missionnaires qui se regroupent régulièrement dans leur maison;
  • Nommer des « leaders » de ces petits groupes pour les garder en communion ecclésiale;
  • Les inviter à participer à l’Eucharistie dans la mesure de leurs possibilités;
  • Jusqu’au jour où l’Évêque pourra « confirmer », à travers la vie, l’existence d’une nouvelle paroisse

C’est ce à quoi je souhaite me consacrer.

Je vous aime et vous bénis.

Nicolas Tremblay, prêtre du Seigneur.

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