Magnifica humanitas

Magnifica humanitas

Le 25 mai dernier, le pape Léon publiait sa première lettre encyclique: « Magnifica Humanitas » sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle. Voici quelques extraits de son introduction. Vous pouvez accéder à l’intégralité du texte en cliquant ici.

La magnifique humanité créée par Dieu se trouve aujourd’hui face à un choix décisif : ériger une nouvelle tour de Babel ou bâtir la cité où Dieu et l’humanité habitent ensemble. Chaque génération reçoit en héritage la tâche de façonner son époque : faire mûrir l’histoire comme un lieu où la dignité de toute personne est préservée, la justice promue et la fraternité rendue possible.

Fondés sur le Christ, pierre vivante, nous faisons l’expérience de l’action puissante et mystérieuse de l’Esprit Saint, et nous croyons que tout effort humain authentique visant à coopérer avec Lui pour le bien sera béni par le Père céleste en qui nous plaçons notre espérance. C’est pourquoi nous pouvons participer activement à toutes ces initiatives qui construisent un monde plus juste, et nous pouvons appeler d’autres personnes à collaborer avec nous dans la promotion du développement intégral de chaque être humain. Nous souhaitons entrer en dialogue avec tous les hommes et toutes les femmes de notre temps avec lesquels nous partageons les événements, les questions et les aspirations de l’humanité. Nous voulons trouver, avec eux, de nouvelles voies pour le bien commun et la promotion d’une vie digne pour tous. Cette attitude de dialogue fait partie intégrante de la vocation de l’Église

C’est dans cet esprit qu’en 1891, Léon XIII a publié l’Encyclique Rerum novarum. Par ce document, mon bien-aimé Prédécesseur a donné une impulsion à cette réflexion sur la société, sur l’économie et sur la politique que nous appelons aujourd’hui la Doctrine sociale de l’Église. Aujourd’hui, la Doctrine sociale de l’Église est un patrimoine de sagesse où nous trouvons des principes pour penser, des critères pour discerner ou juger et des orientations concrètes pour agir. Elle se fonde sur l’Écriture Sainte et sur la Tradition. Ainsi en dialogue avec les sciences, elle nous aide à analyser avec lucidité les défis du présent, en identifiant les voies appropriées pour vivre un témoignage chrétien authentique, dans la joie et au service du monde. À cette tradition vivante, je désire donc ajouter ma voix, en invoquant l’aide de l’Esprit de sagesse qui habite le monde depuis son commencement (cf. Pr 8, 22-31).

Si, en son temps, Léon XIII parlait de « questions nouvelles » ( rerum novarum), nous ne pouvons pas aujourd’hui nous contenter de répéter ses précieux enseignements, mais nous devons demander à Dieu la sagesse nécessaire pour interpréter les grandes tendances de notre époque, en particulier les progrès de la technique. Ces dernières années, il est apparu de plus en plus évident combien la numérisation, l’intelligence artificielle (IA) et la robotique sont en train de transformer rapidement et profondément notre monde.

Pour répondre à ces questions et discerner comment vivre de manière responsable à l’ère de l’intelligence artificielle, je voudrais évoquer deux images bibliques : la construction de la tour de Babel (cf. Gn 11, 1-9) et la reconstruction des murs de Jérusalem (cf. Ne 2-6). Dans le livre de la Genèse, les êtres humains décident de construire une ville et une tour « dont le sommet pénètre les cieux » (Gn 11, 4). L’entreprise cache un piège profond : c’est une œuvre conçue sans référence à Dieu, soutenue par une uniformité qui élimine la diversité et, au lieu de la communion, choisit l’homogénéisation. Le résultat n’est pas l’unité, mais la dispersion.

Le livre de Néhémie, quant à lui, s’ouvre sur un moment de grande vulnérabilité dans l’histoire de l’antique Israël. Néhémie apprend l’état désastreux de la ville de ses pères. Avant d’agir, il jeûne, prie, intercède pour le peuple. Il n’impose pas de solutions venues d’en haut. Il convoque les familles, confie à chacune un tronçon de mur à reconstruire, écoute les craintes, coordonne les efforts, fait face aux oppositions. Le récit montre comment la ville renaît non pas grâce à l’initiative d’une seule personne, mais grâce à la responsabilité partagée de tout le peuple : prêtres, artisans, chefs de famille, femmes et jeunes. C’est une œuvre qui a Dieu au centre et qui rétablit les liens avant même de poser les pierres. L’ancienne Jérusalem retrouve ainsi un langage commun, non pas celui de l’uniformité, mais celui de la communion : l’harmonie naît lorsque chacun assume son rôle et que tout le peuple reconnaît sa force comme venant du Seigneur.

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